31.10.2006
HISTOIRES DE FANTOMES JAPONAIS
En ce 31 octobre, voici un excellent dossier consacré aux films d'horreur, au pays du Soleil Levant...
1998: une gamine en blouse blanche terrifie le Japon. Son père se nomme Hideo Nakata, la fille est un fantôme et se prénomme Sadako ("fille chaste"), et l'objet de la terreur n'est rien de plus qu'un film, Ring. Ses répercussions feront office d'électrochoc dans la production locale et dépasseront les limites du pays. Le yurei eiga (film de fantômes) ne date pourtant pas d'hier, mais la remise au goût du jour tiendra du bain de jouvence salvateur...gros plan sur toute une famille de spectres et de monstres nippons.
NAISSANCE DES FANTOMES
On peut remonter l'existence des yurei eiga aux années 50, le genre se développant encore généreusement dans les 60's. La référence en la matière pour Nakata date de 1959: il s'agit de Tokaido Yotsuya Kaidan ("The Ghost of Yotsuya") de Nabuo Nakagawa. L'histoire, située durant la période Edo du Japon (qui s'étend de 1603 à 1867), est celle d'un pauvre paysan qui souhaite devenir samouraï. Soupçonnant son épouse d'entretenir une relation avec son masseur, le paysan les tue, utilisant un poison qui défigure sa femme. Les deux victimes reviennent ensuite hanter l'assassin. Ce mythe a été de nombreuses fois décliné, mais la version de Nakagawa est principalement celle qui a inspiré Nakata pour Ring. A partir de cet exemple, on peut définir l'esthétique classique du fantôme japonais (s'étendant assez largement à la représentation chinoise ou coréenne): souvent une femme, parfois défigurée et livide, portant de longs cheveux noirs, vêtue d'une robe blanche (couleur du deuil au Japon), avançant les paumes en dedans et les bras repliés (le dessus des mains représentant le Yin, énergie négative), surgissant des puits ou des forêts dans le but de se venger des êtres responsables de sa mort ou de terroriser des personnes au comportement immoral.
Cette figure est utilisée dans le classique du genre, Kwaidan (1963) de Masaki Kobayashi (en l'occurrence celle de la "femme des neiges" - figure classique nommée "yukionna") tout comme dans Les Contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi (où le réalisateur mêle le yurei eiga au jidai-geki, film historique) avec le personnage de Wakasa qui hante une forêt. Dans L'Empire de la passion (1978) de Nagisa Oshima, le revenant (cette fois un homme) surgit du puit où son corps a été jeté par ses deux assassins (son épouse et l'amant de celle-ci) afin de les hanter jusqu'à ce que ceux-ci avouent leur crime et soient exécutés. Les exemples de ce type sont foison, les yurei eiga se nourrissant également de tout le patrimoine que représente le théâtre Kabuki (et sa forme plus ancienne, le No). De cette tradition scénique, la représentation du fantôme conserve ainsi un aspect théâtral marqué.
BESTIAIRE SPECTRAL ET MONSTRUEUX
Au-delà de cette figure, la mythologie japonaise est surpeuplée de fantômes et autres monstres. Ceux-ci sont désignés par deux termes génériques: "bakemono" ou "obake". Aux côtés du "yurei" (le fantôme vengeur), existent les "yokai" (désignant des créatures surnaturelles) ou les "onis" (pour les ogres ou les démons). Ces désignations recouvrent elles-mêmes une multitude de créatures. Parmi les yokai, on retrouve les tanuki (qui sont les personnages principaux de Pompoko de Isao Takahata), des animaux aux grandes capacités de transformations, les kappas (qui sont des esprits de l'eau à visage de singe, avec un bec, une carapace de tortue, un réservoir d'eau au-dessus du crâne), les rokurokubi (des démons féminins) etc... Il existe une infinité de ces créatures, comme la yumanba (vieille ogresse des montagnes), le bakeneko (qui est un monstre-chat dont on peut voir une évolution dans le car-chat de Mon Voisin Totoro) ou le kodama (l'esprit de la forêt présent dans Princesse Mononoke). Certaines de ces créatures sont liées par leur représentation: ainsi, les kappas, la yumanba ou encore le hitotsume kozo (le moine à un oeil) sont des monstres aussi sanguinaires que tournés en ridicule, l'horreur étant souvent voisine du grotesque. Le bestiaire est sans fin: cette richesse est probablement l'héritage de l'animisme (où les esprits sont omniprésents) ou du polythéisme shintô qui imprègnent le pays et ses mythes.
MES CHERS VOISINS
Chacun des fantômes japonais est doté de pouvoirs surnaturels. Dans l'une des quatre histoires de Kwaidan, la femme des neiges tue d'un simple souffle, tandis que dans une autre, le fantôme provoque le vieillissement de sa victime par la simple pensée. Héritier de cette tradition, Ring présente un fantôme dont le pouvoir de malédiction s'étend aux ondes télécommunicatives et au développement photographique. On l'a vu, le fantôme de Ring dispose de l'esthétique (le sexe, la chevelure, la robe) et des motivations (la vengeance), le lieu d'appartenance (le puit) du spectre classique. Mais Nakata va plus loin dans l'hommage: puisant dans l'art pictural japonais, dans le théâtre Kabuki et dans les représentations de fantômes dans le cinéma japonais, le réalisateur pousse pratiquement à l'exercice de style en épousant la mise en scène d'un film fantomatique classique. Le yurei eiga a, par essence, toujours présenté l'existence de deux mondes distincts qui parfois coexistent: celui des morts et celui des vivants. Ainsi, alors que la "femme des neiges" de Kwaidan est baignée dans un halo de lumière bleue la différenciant du commun des mortels, le fantôme de Ring est esthétiquement tout aussi autre: lorsque Sadako sort de la télévision, l'éclairage sur elle est beaucoup plus puissant, lors des scènes où Sadako est enfant, toute la salle est illuminée d'une forte lumière blanche, faisant basculer alors Ring d'une approche réaliste au fantastique.
De même, Sadako a sa propre "texture", à l'image du grain très présent sur les images de flash-back ou sur la bande de la vidéo maudite. A cette image propre du fantôme s'ajoute un univers sonore qui est une des composantes de l'univers spectral. Que ce soit dans Kwaidan, L'Empire des passions ou Ring, l'apparition du fantôme est toujours annoncé par une bande sonore en rupture: le souffle du vent dans Kwaidan, le grincement dans L'Empire des passions, les échos, les grincements stridents (parfois obtenus en amplifiant le son que produit la pellicule filmique qui frotte sur une bobine de métal) de Ring. Dans ce dernier film, c'est à chaque fois ce grincement qui annonce la présence de Sadako, du visionnage de la vidéo à son attaque chez Ryuji à la fin. La gestuelle même du fantôme le distingue du monde des vivants. Ainsi, dans le film de Nakata, le fantôme a une démarche désaccordée et déséquilibrée (impression obtenue en filmant l'actrice, danseuse professionnelle, qui effectue une marche particulière filmée à reculons), rappelant la stature des fantômes des Contes de la lune vague après la pluie ou de Kwaidan. Nakata et son scénariste ont ici effectué un large travail à partir de l'oeuvre originale de Koji Suzuki pour la conformer aux canons du cinéma fantomatique nippon, tout en innovant sur certains aspects: ici, le mystère est résolu (chose qui n'arrive pas dans les autres films cités), renforçant l'idée d'imprégnation (ou d'acceptation) d'un monde dans l'autre plutôt que de l'écrasement d'un univers sous l'autre. De plus, la longue parenthèse du genre dans l'histoire du cinéma japonais permet à Ring de confronter le fantôme à un société neuve, à une certaine modernité: c'est ici que l'hommage devient innovation.
RENAISSANCE DES FANTOMES: SADAKO SUPERSTAR
Le revival que connaît depuis quelques années le cinéma japonais est assez étroitement lié à la fontaine de jouvence apportée par la création fantastique du pays, comme les prémices d'un retour à la splendeur qui fut celle du cinéma nippon avant la crise des grands studios. Hideo Nakata, Kiyoshi Kurosawa, Takashi Miike et consorts ne sont probablement pas encore ni Kenji Mizoguchi, ni Akira Kurosawa, ni Yasujiro Ozu, mais ils font souffler un vent assez neuf pour entrevoir des lendemains meilleurs. Aujourd'hui, s'il y a un endroit sur la planète où les esprits fourmillent en terme de cinéma fantastique, c'est au Japon. Alors que Shinya Tsukamoto a donné des signes de resurrection du genre avec son borderline Tetsuo (1988), Kurosawa l'aborde quelques années plus tard avec une certaine mesure dans Cure (1997), qui devance certes Ring mais sans le même succès. Car un an plus tard, c'est un réel séisme qui secoue l'archipel. Après son triomphe en salles, Ring sera à l'origine d'une suite (Ring 2) et d'une préquelle (Ring 0 - Birthday), d'un remake coréen (The Ring Virus - les films japonais étant encore interdits jusqu'en 1999 en Corée), de téléfilms, de séries télévisées, et d'un coup de boost sur les ventes du livre original (poussées aux 3 millions d'exemplaires). Sadako devient une icône, un Mickey de l'horreur :des jeux vidéos, d'attractions Sadako ou des "puri kura" (où l'on peut se faire prendre en photo avec Sadako), de t-shirts "Sadako de Noël", des mugs, des bougies, des porte-clefs: la goule mal coiffée est partout.
Au-delà de ce raz-de-marée mercantile, le film de Nakata a réellement servi de déclencheur. Le yurei eiga retrouve une vitalité qu'il n'a plus connu depuis presque un demi-siècle. Avec Kaïro (2001), Kiyoshi Kurosawa effectue une variante sur le genre en prenant le fantôme comme métaphore de la solitude urbaine (avec un film semble être le compromis de Ring et de la fascinante série animée Lain, où le fantôme communique avec le monde des vivants par le net). Tsukamoto se sert des codes du yurei eiga dans Gemini, avec l'apparition d'un frère jumeau fantomatique, vivant dans un monde spectral esthétiquement à l'opposé de celui des "vivants" (Tsukamoto poussant le contraste jusqu'à faire de son fantôme un homme à l'animalité certaine), et enfermant son frère au fond d'un puit afin de subtiliser son identité. Les production ne cessent plus de voir jour: Uzumaki, Frame, The Mass Murders, Black House, The Grudge, le robinet ne semble pas vouloir cesser de déverser son flot de productions horrifiques. Même dans des films qui ne baignent pas totalement dans le genre, le clin d'oeil devient marque imposée: ainsi, la vengeresse de Audition, à la longue chevelure noire, à la robe blanche immaculée, attendant la tête baissée d'éventuels coups de fil ne serait-elle pas une soeur de Sadako?
Aujourd'hui, l'effervescence touche le monde entier. Le cinéma fantastique nippon est célébré à l'étranger (à l'image du récent Grand Prix à Gerardmer pour Dark Water de... Hideo Nakata) et le cinéma hollywoodien s'en va remaker à tour de bras. A croire que la contamination mondiale évoquée à la fin de Ring est devenue effective.
Source: http://www.filmdeculte.com/coupdeprojo/fantomesjaponais.php
21:22 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Japon, Histoires, Fantômes, Nakata, Ring, Monstres, Bakemono
01.09.2006
Battle Royale
Suite à l'article hier consacré à la violence de la jeunesse au Japon, je pense qu'il est normal de conclure ce sujet en parlant d'un film qui a marqué les esprits de ceux qui l'ont vu...Battle Royale, film choc que mon ami Vincent me harcèle à regarder...
PROLOGUE
A l'aube du nouveau millénaire, le pays s'effondra.
Le taux de chômage atteignit 15%. 800 000 élèves refusèrent d'aller en cours.
Les adultes se mirent à craindre les jeunes et adoptèrent une loi réformant le système éducatif appelée "Battle Royale".
LA LOI BATTLE ROYALE
Article 1 - But de Battle Royale
Battle Royale a été instituée dans le but de former une nation saine de corps et d'esprit.
Article 2 - Participants à BR
BR est destinée une fois par an à une classe choisie parmi toutes les classes de 3eme de collège du pays, c'est-à-dire au terme de la période d'éducation scolaire obligatoire.
Cette loi s'applique à toute la population sans distinction de sexe, de race, de religion ou de condition sociale.
Article 3 - Orientation générale de BR
Toutes les personnes soumises à cette loi doivent se battre joyeusement, en s'amusant, et avec combativité.
Article 4 - Obligation imposée aux participants à BR
Tous les participants à BR ont pour obligation de se battre loyalement.
Aucun d'entre eux ne doit refuser le jeu ou tenter de l'entraver.
Article 5 - Mesures judiciaires spéciales pour les participants à BR
Les participants à BR sont exempts de toute punition judiciaire et sont autorisés à commettre des meurtres sur les autres participants, à provoquer des incendie et à se servir d'armes de toute nature, y compris les matières médicamenteuses. Cependant il leur est interdit de se révolter contre le professeur superviseur et contre les membres du comité, d'entraver leur action ou de se venger contre eux. Ceux qui commettent de tels actes seront sévèrement punis.
Article 6 - Gagnant de BR
BR se conclue par la victoire d'un seul et unique gagnant. Aucune dérogation à cette règle n'est possible.
Article 7 - Vie du gagnant de BR
La vie du gagnant de BR sera entièrement subventionnée par l'Etat. Il aura le statut de citoyen modèle et sera un exemple à suivre pour former une nation saine de corps et d'esprit. Toute la population participera donc au financement de la vie du gagnant.
Article 8 - Professeur-superviseur de BR
Les responsables administratifs de BR sont placés sous l'autorité du professeur superviseur. Celui-ci est choisi au sein du Comité de promotion de la loi BR, sur recommandation de ses membres. Il est habilité à transgresser toutes les lois dans le but de faire progresser efficacement le jeu. Cependant, l'Etat et le Comité ne sont pas responsables de sa survie.
Article 9 - Indemnité aux familles des perdants
Les familles des perdants recevront une indemnité de compensation. Cette mesure est soumise à une règlementation spécifique.
Article 10 - Dispositions complémentaires au règlement de BR
Afin d'assurer le bon déroulement de BR, certaines dispositions complémentaires pourront être décrétées en cas de nécessité.
REGLEMENTS DU JEU
Les élèves sont emmenés de force sur une île déserte où se déroulera l'épreuve.
Chaque élève porte autour du cou un collier électronique ayant plusieurs utilités pour les organisateurs:
- l'espionner grâce à un micro incorporé.
- surveiller son pouls pour savoir s'il vit encore.
- faire exploser ce collier avec son porteur si celui-ci tente de l'enlever.
- enfin ces colliers ne craignent pas l'eau.
Au début du jeu, chaque élève reçoit un paquetage contenant des vivres, une carte de l'île, une boussole, une lampe de poche et une arme aléatoire pour se battre.
Toutes les 6 heures, le professeur en charge de la classe s'adressera aux élèves survivants via des haut-parleurs disposés un peu partout sur l'île pour leur donner le compte-rendu des morts et des heures durant lesquelles certaines zones seront à éviter sous peine de voir leur collier exploser.
Le jeu se déroule sur 3 jours et si à l'issue de ces 3 jours il y a plus d'un survivant, le règlement stipule que leurs colliers à tous exploseront en même temps.
Source: http://reve.sans.fin.free.fr/REGLEMENTS DU JEU
Je vais sans doute me laisser tenter...
Bon film!!
21:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Battle, Royale, Japon, Ecole, Film, Choc, Réglement
10.07.2006
Les sept samouraïs
Le cinéma Japonais regorge de perles...de Battle Royale en passant par Ring, certains films ont réellement marqués les esprits...Comme les sept samouraïs de MONSIEUR Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni.
Directeur de la photographie : Asakazu Nakai (35 mm ; 1,33 ; noir et blanc)
Musique : Fumio Hayasaka
Producteur : Sojiro Motokii
Société de production et de distribution : Toho
Interprétation :
Réalisation et montage : Akira Kurosawa.
Les samouraïs :
Takashi Shimura (Kambei, le chef)
Toshiro Mifune (Kikuchiyo, le paysan)
Yoshio Inaba (Gorobei)
Seiji Miyaguchi (Kyuzo, le maître de sabre)
Minoru Chiaki (Eikachi)
Daisuke Kato (Shichiroji)
Isao Kimura (Katsushiro, disciple de Kambei)
Les paysans :
Kamatari Fujiwara (Manzo)
Bokuzen Hidari (Yohei)
Kuninori Kodo (Gisaku)
Yoshio Kosugi (Mosuke)
Keiko Tsushima (Shino, la fille de Manzo)
Les bandits :
Shimpei Takagi (le chef)
Durée : 3h20 (version intégrale distribuée au Japon en 1954 et en France à partir de 1980). En effet, les exportateurs ont cru bon, pendant des décennies, de ne proposer en Europe qu'une version coupée de 2h10, qui occulte totalement l'aspect social du film.
Prix : Oscar du meilleur film étranger, sélectionné pour les Oscars des meilleurs décors et des meilleurs costumes.
Le film se déroule au XVI° siècle : des paysans d'un petit village doivent faire face aux attaques annuelles d'une bande de brigands d'une quarantaine d'hommes, qui viennent piller toutes les récoltes. Désespérés, ils ne savent plus que faire pour garder de quoi manger pendant le reste de l'année : certains proposent de cacher une partie de la récolte, d'autres prônent une solution plus radicale, qui a déjà fait ses preuves dans d'autres villages : faire appel à des ronins (samouraïs mercenaires).
Après une âpre discussion, qui fait ressortir les peurs des paysans, le village décide d'envoyer quatre représentants en ville, à la recherche de samouraïs. Le problème, c'est qu'il n'ont que du riz à offrir à des mercenaires, et subissent de nombreuses humiliations par des samouraïs qui ne cherchent que de l'argent.
Le hasard les met cependant en contact avec Kambei, noble vétéran, qui, émut par leur détresse, décide de rallier leur cause. Il faut alors se mettre en quête des autres samouraïs, ce qui devient plus facile avec un leader comme Kambei.
Après avoir trouvé 5 autres ronins, le groupe se met en route pour le village. Cependant, un intrus les suit, qui semble complètement fou : c'est Kikuchiyo (Mifune) que le groupe, d'abord railleur, va finalement accepter en son sein, lorsqu'il permet, par un stratagème habile, de faire sortir les villageois apeurés par ces guerriers de leurs maisons. On apprendra plus tard que, sous son apparence complètement loufoque (Mifune est irrésistible : il bondit, ricane, se roule par terre...), ce guerrier, qui a usurpé un titre de noblesse, est en fait d'une famille de paysans et qu'il s'est engagé dans ce combat pour ne pas voir des congénères vivre ce qu'il a vécu jeune.
Après avoir monté un système de défense dans le village (les deux groupes apprennent alors à se connaître et à travailler ensemble), les protagonistes attendent anxieusement la bataille finale. On assiste dans cette scène à un chef-d'œuvre de stratégie militaire, filmé comme une « véritable symphonie » (Tassone), qui va durer trois jours et trois nuits.
Ce film, dans sa version intégrale, est un des monuments du cinéma mondial, et le film de Kurosawa qui a le plus influencé les occidentaux et les cinéastes américains. Il fera en effet l'objet d'un remake américain (Les Sept mercenaires de John Sturges), mais influencera indirectement Sam Peckinpah, Francis Ford Coppola, ou encore George Lucas qui déclarera avoir vécu « une expérience bouleversante » et un « véritable choc culturel » à la vue de ce film.
Malheureusement, ce film est souvent mal compris : beaucoup n'y ont vu qu'une simple version japonaise du western (jugement influencé entre autres par la version européenne amputée de plus d'une heure). On peut cependant constater que Kurosawa est à cent mille lieues des mythes fondateurs du western : les samouraïs ne sont ni des héros ni des surhommes (on voit Kikuchiyo pleurer devant le spectacle de la pauvreté des paysans et Kambei déclarer après la victoire finale, devant le spectacle des samouraïs morts : « Nous avons encore perdu ! Ce sont les paysans les vainqueurs, pas nous !... »)
C'est en effet l'aspect social du film, totalement absent des westerns américains, qui fait sa principale force : on voit les paysans (personnages aussi importants que les guerriers) travailler dur pour survivre et des ronins avec des personnalités complexes, loin de la brutale virilité affichée des héros de western : Kambei se considère comme un loser, Kikuchiyo est tiraillé entre ses origines paysannes et sa vie de samouraï...
Source: http://mathieu.perrin.free.fr/samourai.html
21:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Kurosawa, Japon, films, Mifune

